Menu

dailymotion-icon-jpg

Cissé Bacongo: "Non, je ne suis pas violent !"

Je regrette bien évidemment que les populations de Koumassi qui nous ont soutenus pendant toute notre campagne n’aient pas pu contenir leur colère à l’annonce des résultats.

Cissé Bacongo: "Non, je ne suis pas violent !"

Pointé du doigt dans les violences pré et post-électorales à Koumassi, le ministre Cissé Ibrahima Bacongo s’en défend.

Les résultats des municipales à Koumassi vous donnent perdant. Mais vous semblez ne pas accepter ce verdict. Pourquoi?

Je voudrais vous rassurer déjà de mon esprit fair-play comme je l’ai attesté lors de toute la campagne. Pendant toute la campagne, je n’ai pas cessé de dire que les élections municipales ne sont rien d’autre qu’une compétition et qu’à cette compétition on peut gagner comme on peut perdre. Nous avons fait tout ce que nous croyions devoir faire pour être les meilleurs. Pour le moment, les résultats qui ont été proclamés par la Cei nous donnent perdants. Si la loi ne nous donnait pas d’autres possibilités, nous nous en tiendrions à ces résultats. Mais la loi nous donne la possibilité de faire un recours devant la Chambre administrative de la Cour suprême.

Dès lors que nous disposons d’éléments que nous considérons comme suffisants pour mettre en doute la crédibilité et la sincérité des résultats, nous demandons à la Chambre administrative de la Cour suprême d’invalider ces résultats. Il lui appartient d’apprécier le mérite ou non de notre demande.

Vous affichez un esprit fair-play, cependant vos partisans ont fait montre d’intolérance parfois…

Je regrette bien évidemment que les populations de Koumassi qui nous ont soutenus pendant toute notre campagne n’aient pas pu contenir leur colère à l’annonce des résultats. Je le regrette sincèrement.

Pour le reste, j’ai lu et entendu des commentaires fantaisistes, erronés, qui sèment le doute dans les esprits. Informations selon lesquelles le ministre que je suis aurait armé les populations de Koumassi ou mes partisans d’armes blanches, de gourdins et pourquoi pas d’armes à feu. Je ne peux pas avoir fait la campagne comme je l’ai faite, sans invectives, sans injures, sur la base de valeurs que nous défendons, sur la base d’un programme que nous avons présenté aux populations dans la fête et, à l’annonce des résultats, armer des militants, des électeurs.

Pour quel objectif? Pour que la Cei revienne sur les résultats qu’elle a proclamés ou alors pour aller s’installer de force à la mairie ou bien pour anticiper sur une décision de la Chambre administrative de la Cour suprême qu’on n’avait même pas encore saisie. Non, ça n’a absolument aucun sens.

Tout cela ne traduit-il pas l’ambiance tendue qui a régné pendant la campagne ?

Bien sûr que oui ! Pendant que nous faisions campagne, notre adversaire principal s’était installé confortablement dans les rumeurs, les ragots de quartier, les invectives, l’intox. Chaque jour avait son lot d’intox. Quelques fois, on disait que le ministre Bacongo avait giflé une bonne dame, d’autres fois, il aurait sorti une arme pour tirer sur un cortège ou un quartier général (Qg).

La dame que j’aurais giflée est une grande sœur que je n’ai pas revue depuis les législatives, ça fait donc deux ans que nous ne nous sommes pas parlé.

Qu’en est-il de l’histoire du pistolet?

Je n’ai jamais eu de permis de port d’arme de ma vie parce que je n’ai jamais senti le besoin d’en avoir. Juriste et légaliste que je suis, je n’ai jamais eu d’arme, parce que pour en avoir, il faut être autorisé. Je ne sais même pas me servir d’une arme, que ce soit une arme à feu ou une arme blanche.

Depuis que nous avons commencé notre bataille dans l’opposition jusqu’à ce qu’on arrive là où nous sommes, personne ne peut dire qu’une seule fois il m’a surpris avec une arme ou qu’il a surpris une arme de quelque nature que ce soit, dans mon environnement (à la maison, au bureau, dans mon véhicule).

Donc dire ce genre de choses, c’est à l’image de ces tracts qui ont été ventilés demandant de voter un autre candidat, parce que le candidat Bacongo aurait, lui et son parti, emprisonné les militants et les cadres Lmp et le Président Gbagbo, aurait tué les militants et les militantes Lmp et donc ce candidat Rdr ne peut pas ruser avec les militants Lmp, ne peut pas demander leurs suffrages.

Pendant cette campagne, nous avons eu affaire plus aux rumeurs, aux intox, à la désinformation qu’à des programmes articulés, cohérents de la part de nos adversaires. Nous étions, en fait, à un combat de rue, sans règles.

En 2011 déjà, lors des législatives, on vous avait collé cette image de pistolero. Il n’y a pas de fumée sans feu…

Voyez-vous, j’étais avec un ami tout à l’heure. Je lui ai demandé s’il croyait que j’étais devenu en l’espace de deux ans ce que cette propagande dit que je suis devenu: un homme violent qui a une arme et qui tire à bout portant, un Lucky Luke, qui distribue des coups de tête à chaque coin de rue. Il a éclaté de rire et m’a demandé pourquoi cette question. Je lui ai répondu qu’au point où j’en suis, je ne me reconnais même plus, je ne sais pas si tout ce qu’on dit est vrai, parce que je ne sais pas ce que je fais ou dis qui est violent.

C’est vrai, des années durant, de 1994 à 2010, dans l’opposition, au poste de combat où j’étais, je me suis battu. J’ai donné des coups parce que j’en recevais aussi. Cela traduit-il ma nature? Non! Je n’ai jamais été violent. Au grand jamais! Je dis ce que je pense de la manière la plus claire possible, mais au-delà de cela, je n’ai jamais eu d’arme. Je n’ai jamais été surpris dans une bagarre de rue, je n’ai jamais eu d’altercation, ni fait tabasser quelqu’un comme certains le font pour tous ceux qui leur apportent la contradiction sur des sujets d’intérêt général ou particulier.

C’est depuis les élections de décembre 2011 que cette idée a commencé à être développée pour atteindre, aujourd’hui, un point où moi-même je ne me reconnais pas. Quelques fois, je me dis qu’il faut que je me regarde dans le miroir, je dois avoir des cornes sans le savoir.

L’atmosphère s’est raidie à Koumassi. Que faites-vous pour faire tomber la tension?

La situation à Koumassi n’est pas plus préoccupante qu’ailleurs où les élections se sont déroulées dans des conditions qui ont été jugées pas tout à fait acceptables. Mais chez nous à Koumassi, grâce à Dieu, après cette soirée du mardi 23 avril où il y a eu des incidents regrettables, la situation, on peut le dire, est sous contrôle dans la mesure où nous avons réitéré notre appel au calme au cours d’une conférence de presse mercredi dernier. Les populations attendent l’arrêt qui va être prononcé par la Chambre administrative de la Cour suprême. Et comme je n’ai eu de cesse de le leur dire, du début jusqu’à la fin de la campagne, nous n’étions qu’à des élections auxquelles il y a un gagnant et un perdant. On ne peut pas me faire croire que nous avons développé un discours qui a mis les électeurs dans l’état où ils se sont trouvés le mardi. On ne peut pas non plus faire croire que le candidat membre du gouvernement que je suis, a été enjoint par le gouvernement de faire une conférence de presse. Non! La conférence de presse, j’en ai ressenti le besoin. Et après que ma directrice de campagne ait fait un point de presse, que tous les deux nous ayons entretenu les électeurs au cours de différentes réunions, j’ai ressenti le besoin d’intervenir moi-même pour demander aux populations de rester calmes, sereines et lucides et d’attendre la décision qui va être prise par la Chambre administrative de la Cour suprême.

Si cette décision nous est favorable, tant mieux! Les élections vont être reprises et nous allons recommencer à faire campagne exactement comme on a eu déjà à le faire. Si elle ne nous est pas favorable, eh bien, nous allons nous préparer à de nouvelles élections.

Dans cinq ans?

Dans cinq ans.

Vous avez évoqué le Rhdp qui connaît des poussées de fièvre par endroits. Croyez-vous encore en cette alliance?

Moi, je crois au Rhdp. Au-delà des préventions de part et d’autre de certains cadres pour des raisons qu’on peut comprendre sans les partager, au-delà des appréhensions, des calculs de courte vue, je crois que le Rhdp est non seulement notre bouée de sauvetage à tous, mais notre garantie tous risques. Le Rhdp offre une base sociologique suffisamment large au gouvernement. Quel que soit le président qui sera à la tête du pays après les deux mandats du Président de la République, issu des rangs de cette alliance, cette base sociologique va permettre d’amortir tous les coups durs.

Si certains considèrent le Rhdp comme un mal, pour moi, c’est un mal nécessaire. Il faut, comme dans toute alliance, que chaque partie fasse une part de sacrifice pour qu’on puisse avancer ensemble. Sans cela, évidemment, ce que nous craignons va arriver et ce ne sera à l’avantage de personne; c’est-à-dire la désunion.

Aujourd’hui, nos adversaires politiques communs qui sont les militants et militantes Lmp, dans leur grande majorité, ont intérêt à ce que le Rhdp vole en éclats. Ils prient même et œuvrent à ce que cela arrive. Le Rhdp leur crée des problèmes, parce que ce bloc constitue la grande majorité sociologique de la Côte d’Ivoire. C’est pour cette raison qu’il faut que les cadres qui, en général, se raidissent quand on parle Rhdp, fassent preuve de plus de lucidité dans l’analyse des situations sociopolitiques, fassent preuve d’analyse prospective. Dans deux, quatre, cinq ans, est-ce que chacun de nos partis sera suffisamment fort pour affronter tout seul les deux autres grands? Si la réponse est non, c’est dire que le Rhdp est une nécessité. Il faut pouvoir faire en sorte que les aspérités soient corrigées pour qu’on puisse continuer d’avancer ensemble.

Pour moi, c’est la seule voie.

Au nom de cet idéal que vous nourrissez pour le Rhdp, seriez-vous prêt à passer par pertes et profits tout ce qui s’est passé à Koumassi?

Justement au nom de cet idéal, j’ai consenti tous les sacrifices pour qu’il y ait un climat de paix à Koumassi pendant cette campagne, malgré les invectives, les rumeurs fantaisistes, les dénigrements de toutes sortes. J’ai fait tous les sacrifices. Nous avons été convoqués une fois par les chefs religieux, toutes confessions confondues, chez l’imam Bakayoko du quartier Ajavon. Nous sommes allés à cette rencontre en frères, en amis, nous nous sommes séparés en frères, en amis.

Après cette rencontre, il y a eu comme une rechute. C’est moi, alors, qui ai demandé une deuxième rencontre pour qu’on puisse se reparler avant les élections, d’autant plus qu’il était prévu que nous participions à une prière œcuménique. Nous nous sommes parlé à nouveau. Nous nous sommes dit qu’il n’y avait pas de raison qu’on ne puisse pas aller à ces élections la fleur à la boutonnière. Il faut qu’on montre aux populations que ces élections ne constituent qu’une simple compétition qui doit être saine, en respectant des règles.

L’idée d’un meeting commun a fait son chemin à un moment donné de la campagne. A quoi répondait-elle ?

C’est moi qui, à l’occasion de cette deuxième rencontre, ai proposé que mon adversaire N’Dohi Raymond, et moi puissions animer un meeting, non pas pour présenter nos programmes respectifs, mais pour nous présenter aux populations la main dans la main et leur dire que ce que nous faisons est juste une compétition. Je lui ai rappelé cette proposition téléphoniquement. Après, je lui ai écrit pour la réitérer. J’ai fait tout pour que la dynamique Rhdp continue de souffler sur Koumassi.

Pour l’avenir, je n’ai absolument aucune crainte. Je pense que tout cela va passer. Nous allons nous retrouver. Que N’dohi soit confirmé comme vainqueur ou qu’on reprenne les élections et que je sois déclaré après vainqueur, moi je continuerai de le considérer comme un frère, comme un ami.

Oui, moi je passe tout ce qui s’est passé par pertes et profits. Mais entendons-nous bien: je ne dis pas que je renonce au recours que j’ai initié devant la Chambre administrative de la Cour suprême. Le reste (les blessures inutiles causées par les rumeurs, les dénigrements), je le passe par pertes et profits.

 

Interview réalisée par

Elvis KODJO

 

En savoir plus...
S'abonner à ce flux RSS

Monsaphir Internet-TV

Côte D´Ivoire (Elfenbeinküste)   

Port-Bouët Sogefiha 
12 BP  2560 Abidjan 12
 
Tél :  00225-01 37 90 86

 

Allemagne (Deutschland)

Postfach 10 27 03
45027 Essen
Deutschland

Tél : 0049-15210257642
monsaphir.com
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.