Menu
RSS

Reportage / Affaire de garçon à Abidjan: Elles vendent leur corps sur internet

Reportage / Affaire de garçon à Abidjan: Elles vendent leur corps sur internet source:imatin.net

 

On l’appelle « village planétaire » ou Web (toile d’araignée mondiale). Internet, ce vaste univers où tout le monde partage tout, est aussi le lieu par excellence de tous les vices et de toutes les arnaques. Nous avons expérimenté un des cas les plus courants sur le Net.

Au hasard de mes recherches sur Internet, je suis tombé sur une annonce : une agence matrimoniale propose de jeunes et jolies femmes aux hommes qui veulent faire du sexe. C’est une sorte d’agence matrimoniale dirigée par une femme qui se fait appeler B. Rosine. Sa mission est d’organiser les prostituées opérant dans la rue en leur proposant une autre approche de l’exercice de leur métier. L’agence met également en relation des hommes avec des femmes nanties (elle les appelle «les femmes mûres») en manque d’affection. Dans son catalogue, on trouve aussi des filles à la méthode directe : celles qui postent leurs images en proposant une partie de jambes en l’air. Ce sont des femmes pour le plaisir. Il y a aussi des filles qui aimeraient avoir des partenaires de sexe masculin pour entamer une vie de couple. Avec cette précision dans leur message : “Femmes sérieuses”. Tout ceci est envoyé sur le profil de la patronne de l’agence.


Et les images, sur la page Facebook de Rosine, sont vraiment aguichantes. De quoi vous donner des idées. Mais, prudence ! Car, comment savoir que vous avez affaire à une agence matrimoniale sérieuse ou non ?

Pour le savoir, j’ai entrepris d’engager une conversation sur Facebook avec Rosine. D’abord, elle ne me répond pas immédiatement. Au bout d’un mois, elle se décide enfin à me répondre en disant : «Je suis là, mais est-ce qu’on se connaît là ?» Je lui dis que je suis intéressé par le message qu’elle a posté sur son profil Facebook : ‘’1 femme mûre ; 2 filles de plaisir; 3 femmes recherchent relations sérieuses’’. Et que j’aimerais savoir ce qu’elle désignait par femme mûre. Elle me répond en disant : «Femmes mûres, ce sont des femmes responsables qui sont en manque de plaisirs sexuels. Elles sont à la recherche des hommes qui pourraient leur procurer ce plaisir. La chose intéressante dedans c’est que ces femmes mûres paient les hommes qui leur font l’amour. De plus, la rétribution peut évoluer en fonction des performances de l’homme : c’est-à-dire, ‘’1 à 2 coups sont payés à 25 000 FCFA.»

Sans perdre de temps, je lui fais savoir que je suis intéressé par cette offre. Je lui demande de m’organiser un rendez-vous avec une de ces femmes. Mais l’obtention des numéros des femmes disponibles est payante. Rosine m’indique que je dois débourser la somme de 5.300 F pour avoir les numéros. Quand je lui demande de me permettre de voir les photos de ces femmes mûres, elle répond en ces termes : «Ces femmes travaillent dans la discrétion. En conséquence, elles n’envoient pas leurs photos. Nous avons leur noms et contacts. Si vous payez les 5.300 f, nous vous donnons un mot de passe pour que vous puissiez entrer en contact avec elles.» Sur ce, elle me donne le contact de son collaborateur nommé Bénédiction. Elle me demande de l’appeler en précisant :«Nous sommes une agence très fiable.»


J’appelle, ensuite, son collaborateur. Celui-ci me demande de payer un droit d’accès pour avoir les femmes mûres. Puis, il me communique le numéro d’une maison de téléphonie sur lequel je dois faire la transaction. Eux, ils pourront récupérer l’argent dans une des agences de cette maison de téléphonie. Je décide de faire une vérification en appelant un agent de la compagnie indiquée. Celui-ci recommande la prudence. Car, me dit-il, il se peut que ce soit des arnaqueurs. Notre maison n’a signé aucune convention avec une quelconque agence matrimoniale». Aussitôt après, je tente de reprendre contact avec Rosine, la responsable de l’agence. Mais elle avait déjà retiré son profil de la toile. Ce n’est qu’au bout de 4 semaines qu’elle réapparaît. Elle garde le même profil, mais les messages publiés sur son mur sont des plus impétueux : «Je vous le dis, mon agence n’est pas une agence de distribution de numéros gratuits car ici, je ne force personne à m’envoyer une demande d’ami. Si on vous demande de payer les frais pour avoir les numéros et que vous estimez que ça ne vous arrange pas, vous vous retirez sans insulter mon agent. Évitez de nous confondre aux brouteurs et à des arnaqueurs. Arrêtez vos menaces car nous n’étions pas obligés d’ouvrir cette agence. Si elle existe, c’est pour vous. Si vous continuez vos menaces, je me verrai dans l’obligation de la fermer. Si mon agence était une agence d’arnaque, nous n’aurions pas pu atteindre les 5000 amis. Je suis prête à fermer mais des membres et des filles de l’agence me demandent de renoncer à l’idée de fermeture. Parce que cette agence leur aura permis de quitter la rue. De grâce, ne voyez pas toutes les filles ici comme des putes. Car il y a des personnes au sein de l’agence qui attendent d’avoir une relation sérieuse.»

A côté des propos de la patronne de l’agence, se trouvent aussi des messages supposés être ceux des jeunes filles qu’elle contrôle.

En voici quelques uns : Féline disponible 7/7

«Je suis Féline, j’ai 29 ans, je suis une fille de plaisir de luxe, regarde mon corps et tu verras. Avant j’étais une prostituée exerçant dans les environs de l’Hôtel Ivoire. Mais B. Rosine m’a contactée pour que je me fasse enregistrer au sein de son agence afin de me trouver des clients. Je fais l’amour chez moi à Port-Bouët. Je suis disponible 7/7.»

Charnelle pour une relation sérieuse

«Je suis Charnelle, une fille de 27 ans. Je suis célibataire sans enfant. Je précise que je ne voulais pas mettre ma photo, mais je me suis dit que maman Rosine fait des rencontres sérieuses. Alors j’ai tenté ma chance en espérant tomber sur un mec pour une relation sérieuse. Je ne suis pas une pute. Si tu es intéressé, compose mon numéro».

Maidjara prête à recevoir des clients à son domicile

«Je suis Maidjara, une femme pour le plaisir. Je le fais chez moi mais je peux me rendre chez le client. Je suis à Bassam, mais je veux déménager pour Koumassi ou Yopougon, néanmoins composez mon numéro.»

Un mois plus tard, je passe à une phase plus opérationnelle. J’envoie donc le mandat et j’attends la suite. Mais j’ai dû attendre la mi-septembre pour recevoir les numéros : 9 numéros sur les 10 promis initialement. Seuls 4 numéros sont disponibles. Et deux femmes seulement ont avoué être au courant du business, tandis que les deux autres semblaient surprises par cette annonce. J’interpelle l’agent. Il promet rattraper les choses avec de nouveaux numéros. Au lieu de cela, il me demande de lui faire un transfert de crédit. Je m’exécute le jour suivant. Mais Bénédiction ne me fait aucun retour. J’informe la patronne de l’agence qui me rassure que mon dossier est en cours et que je ne serai pas déçu. Plusieurs jours s’écoulent mais rien et quand je relance Rosine, elle se fâche avec son agent : «Je vais lui dire deux mots à ce gars-là !  S’il ne prend pas garde, je vais même le remplacer. Je pense que ce sont les femmes mûres qui lui montent la tête de temps à autre, parce qu’elles lui donnent des pourboires», dit-elle. Puis, elle s’engage à s’occuper personnellement de mon dossier. Le temps passe et je ne vois toujours rien venir. Quand, Rosine se décide enfin à réagir, c’est pour me demander de payer un nouveau droit. «Moi-même je vous donnerai 15 numéros de femmes mûres intellectuelles et sages qui feront de vous un homme satisfait financièrement», promet-elle. Je lui dis que je n’avais plus rien à payer. Mais, la patronne de l’agence ne semblait pas me donner une suite favorable. Nos discussions n’avançaient plus. Bien au contraire, Rosine insistait pour que je paie encore de l’argent alors que je n’ai toujours pas vu une seule des femmes qui m’ont été promises. J’ai dû interrompre l’affaire. Et l’histoire s’est arrêtée là.

Des photos chopées sur le net
La plupart des images de femmes publiées sur des sites dits d’agences matrimoniales ou sur des pages Facebook sont des photos chopées sur le profil de certaines personnes. Le but est d’aguicher, d’appâter les hommes. Pourvu que les images soient sexy. A la fin de l’enquête, nous avons pu identifier la photo d’une personne que nous connaissons. Intrigué par sa présence sur le profil de B. Rosine, nous l’avons appelée. Cette dernière s’est dit surprise et ne savait rien de toute cette affaire. Alors, à tous ceux et celles qui publient beaucoup de photos sur Facebook, faites attention !

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Retour en haut