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Chorégraphies acrobatiques: Le coupé-décalé perd-il son âme ?

Chorégraphies acrobatiques: Le coupé-décalé perd-il son âme ? nordsudquotidien.com

 

La musique et la danse ont toujours fait bon ménage au sein du coupé-décalé. Et, l’évolution des pas de danse donne lieu à de véritables acrobaties appréciées différemment. Qu’à cela ne tienne, la musique créée par Douk Saga n’a pas fini de surprendre.

Il ne se passe pas de jour sans qu’on entende le nom d’un nouveau concept musical ou dansant né du coupé-décalé. La pléthore de disc-jockeys (Dj) qui animent ce genre musical créé dans les années 2000 sont pétris de talent et d’imaginations. ‘’Yaayaa casse tête’’, dernière trouvaille d’Abou Nidal et de Safarel DJ essaie de tenir la route. Sinon on peut citer ‘’Kababéléké’’ (Serge Beynaud), ‘’Chébéler’’ (Arafat Dj), ‘’Ici on danse’’ (Flora String), ‘’Avancer avancer’’ (Claire Bahi), ‘’Tactchébora’’ (Maxiou Dj), ‘’Patimani dance’’ de Pat Sexy… Les musiques qui soutiennent ces concepts sont faites de sorte qu’une place prépondérante est accordée à la danse.

Aujourd’hui, comme le soutient Abou Nidal, l’heure n’est plus à l’exhibition des fringues. «Au départ, le coupé-décalé, c’était les vêtements, le m’as-tu-vu, le bling-bling. La seconde génération l’a fait basculer vers le spectacle », observe-t-il. Pour lui, dix ans après la création du mouvement, venir se pavaner avec des griffes de grands couturiers n’accroche plus. «Le public est devenu plus exigeant ; il a besoin d’autre chose », objecte-t-il, face à la monotonie. Le lieutenant Doukouré Amidou Stéphane a dû, lui aussi, suivre la tendance. «J’ai différents types de danseurs, explique-t-il. Il y en a un qui danse le coupé-décalé à l’ancienne, un autre qui exécute des pas de smurf. Et le dernier qui fait les ‘’tapements’’, c’est-à-dire des ‘’relevés chinois’’ et des saltos, en vogue en ce moment. Au cours des spectacles grand public, ce sont les acrobaties qui créent l’émeute ». Une façon de faire qui ne séduit pas Gadoukou la star, chanteur et chorégraphe, auteur de ‘’L’esprit du boucan’’. Il pense que le coupé-décalé a une âme dont se détournent plusieurs artistes. « Le coupé-décalé n’est pas qu’une danse avec une musique, c’est aussi une philosophie, un esprit de vie. La joie, l’amour, la confiance en soi, l’éloquence, savoir s’habiller, le comportement, se mettre en valeur, voici l’esprit du boucan », recadre-t-il. Mais, comment s’est faite la métamorphose ?

Depuis sa création, cette musique urbaine n’a cessé de prendre différentes orientations. Mais, c’est le ‘’Yôrôgang’’ (Arafat DJ et ses danseurs ‘’BB sans os’’ et ‘’Ordinateur’’) qui a vulgarisé les danses acrobatiques. Flora String qui vient de faire un duo avec le fils de Tina Glamour sur le titre ‘’Ici on danse’’ est ferme : « la mode du coupé-décalé en ce moment, c’est la danse. Un artiste aura beau chanter, s’il ne produit pas de spectacle, il est mal barré ». Samedi 29 septembre au maquis Moovin’ à Yopougon Sapeurs-pompiers, Guy Martial Gnagne alias ‘’Petit piment’’ et Romuald Konan Kouassi (Frisson) sont en pleine prestation. «C’est notre métier. Cela demande beaucoup d’efforts. Les figures que nous exécutons sont le fruit de plusieurs jours d’entraînement», confie Guy Martial. Romuald, danseur de S. Kelly pratique les chorégraphies classiques, les freestyles et les ‘’tapements’’. Unanimement, ces danseurs conscients de la dangerosité de leur art lancent cet appel : « ne faites pas ça chez vous !». Et pour cause : « nous avons tous des blessures. Je me suis écorché plusieurs fois au genou et à la cheville», témoigne Guy Martial Gna­gne.

Et de révéler : « parmi nous, il y a certains qui prennent la drogue pour résister». Selon un professionnel de la danse, les jeunes danseurs en font un peu trop. « Ce qu’ils font n’est pas mauvais. Aux derniers Jeux de la francophonie, il y avait des disciplines similaires. Seulement, il faut les encadrer. Ils dansent, par moments, sur des scènes restreintes. Ce qui fait qu’ils tombent et se blessent. Ils ne doivent rien improviser pour faire plaisir à la foule », con­seille-t-il. La professionnalisation passe par une organisation et le port des tenues vestimentaires correctes. « Pour le Masa 2014, nous aurons des scènes consacrées aux danses urbaines. Ce sera une aubaine pour eux. Mais, il faut qu’ils s’organisent et proposent de vrais spectacles», a relevé Roberte Benoît N’Kou­mo, conseillère artistique, chargée de la danse pour le Masa 2014. Abou Nidal, lui, leur demande de bien s’habiller. Et cela doit se faire avec la contribution des créateurs qui les recrutent. « Dans tout mouvement, il y a des frustrés.

Les danseurs comptent beaucoup pour nous les artistes. Ces jeunes qui sont avec moi à Abobo ou à Adjamé doivent aussi aller avec moi aux Etats-Unis. Il faut bien les rémunérer et bien les habiller », insiste-t-il. Serge Beynaud pour qui les séances de démonstration des pas de danse comptent beaucoup, dans la promotion de ses œuvres sur Internet, a pris de l’avance. «Quand j’ai une idée de danse, je fais appel à des chorégraphes professionnels qui m’aident à la peaufiner», révèle-t-il. Toutefois, ces jeunes continuent de faire découvrir de nouveaux horizons avec le coupé-décalé, tout en ayant en tête que tout est parti d’un « jeune homme qui est arrivé de l’Hexagone en 2002 avec son bataillon de personnes remplies de joie et de gaieté ». « Comment il s’appelle ? Doukouré Stéphane. Qu’est-ce qu’il a créé ? La sagacité », comme le rappelle bien une de ses chansons.

Sanou A.

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