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Le débrief: Bédié, des réponses et des questions…

Le débrief: Bédié, des réponses et des questions… fratmat.info

 

Dès ce moment, pour des observateurs, M. Bédié est dans « une démarche » pour faire passer son candidat, Alassane Ouattara, à la prochaine convention du Pdci. Vu sous cet angle, nos observateurs rappellent que les choses ont été ainsi, de tous temps. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs.

 

Mercredi 17 septembre. Le président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci), Henri Konan Bédié, a pris la parole au meeting de clôture de la tournée du Chef de l’État dans l’Iffou. « Historique », fut le message très tôt baptisé « l’appel de Daoukro », à en croire tous les commentaires entendus ou lus ça et là. Mais attention, acte historique ne veut pas dire que tous l’ont reçu de la même façon. Partenaires et adversaires de M. Bédié n’ont, en effet, pas la même lecture de cet appel.

Pour certains (à l’intérieur ou à l’extérieur du Pdci), cet appel n’est rien d’autre qu’une « trahison ». Ils évoquent le 12e congrès du Pdci qui a décidé que le parti fasse l’investiture de son candidat à l’élection présidentielle 2015 lors d’une convention qui précédera ladite élection. Pour les pro-Bédié, cet appel « est à saluer ».

Qu’a dit Henri Konan Bédié ? « Devant la nation rassemblée, sans détour, sans trahir les décisions du 12e congrès du Pdci, je donne des orientations fermes pour soutenir ta candidature à l’élection présidentielle de 2015 », a-t-il déclaré devant Alassane Ouattara. Pour les pro-Bédié, on ne saurait parler de trahison dès lors que le candidat du Pdci n’a pas encore été définitivement choisi et que M. Bédié ne parle que d’« orientations », fussent-elles « fermes ». Les tenants de cette thèse ne manquent pas de relever que le président du Pdci parle lui-même de « faire valider » ce message qu’il considère comme un « projet ».

Dès ce moment, pour des observateurs, M. Bédié est dans « une démarche » pour faire passer son candidat, Alassane Ouattara, à la prochaine convention du Pdci. Vu sous cet angle, nos observateurs rappellent que les choses ont été ainsi de tous temps. En Côte d’Ivoire, comme ailleurs. Tous ceux qui veulent briguer l’investiture d’un parti politique n’attendent nullement le jour de la convention pour déclarer leurs intentions, affirment-ils. Et les exemples sont: Bédié en 1995 et 2000, Guéi en 2000 et Gbagbo en 2000 et 2010. Pour chacun d’eux, les soutiens se sont mobilisés avant la déclaration officielle du parti qu’ils allaient représenter. Sous Houphouët, on parlait même de « candidat naturel », longtemps à l’avance, face à des « murmures » évoquant l’éventualité d’autres candidatures.

Les détracteurs d’Henri Konan Bédié dénoncent également l’instauration de la « pensée unique ». Un « recul » de plus de 50 ans. En face, les pro-Bédié estiment au contraire que leur champion joue clairement la carte de la démocratie, en envisageant des candidatures autres que celles de M. Ouattara. « Candidat unique pour ces partis ne signifie pas candidat unique à l’élection », soutiennent-ils. Sans manquer de brandir la déclaration du président du Pdci. « Le candidat unique, sans préjudice pour les irréductibles qui voudront se présenter en leur nom propre. Ainsi, la démocratie est sauve, avec l’égalité des chances », a en effet affirmé M. Bédié, du haut de la tribune de Daoukro.

Les détracteurs de l’appel de Daoukro pensent encore qu'Henri Konan Bédié a « vendu le Pdci à Alassane Ouattara ». « Un parti qui ne brigue pas la présidence de la République est condamné à mourir », disent-ils. La réaction du camp de M. Bédié ne se fait pas attendre. Estimant que « les autres n’ont retenu que ce qu’ils voulaient retenir », ils les renvoient encore au discours de Daoukro. « L’objectif d’une telle candidature est double. D’abord, assurer le succès du Rhdp aux élections de 2015 dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire et de la paix. Et ensuite, aboutir à un parti unifié, dénommé Pdci-Rdr pour aider la Côte d’Ivoire. Étant entendu que ces deux partis sauront établir entre eux l’alternance au pouvoir dès 2020 ». 

Selon les pro-Bédié, l’homme est donc soucieux du devenir du pays qui renaît d’une grave crise. C’est pourquoi, expliquent-ils, il dit que son choix est « pour aider la Côte d’Ivoire ». Aussi, poursuivent-ils, il se montre tellement intéressé par l’avenir du Pdci qu’il lui « offre le pouvoir d’État dès 2020 », c'est-à-dire juste après le prochain mandat de M. Ouattara qui a affirmé publiquement qu’il ne sera pas candidat à cette échéance-là. Toute chose qui conduit les pro-Bédié à affirmer que ce leader « a une saine appréciation de la réalité ». Ils soulignent même « l’altruisme » de l’ancien Chef de l’Etat, qui se sait forclos mais qui fait « une passe décisive à une nouvelle génération ». « C’est à elle de transformer l’essai, quand viendra 2020, et 2020, c’est maintenant », ajoutent-ils.

Dans cette affaire concernant « l’appel de Daoukro », les pro-Bédié ne sont pas forcément des militants du Pdci. La déclaration d’un ancien leader de l’ex-galaxie patriotique, le pro-Gbagbo Ahoua Stallone, en témoigne certainement. Ce dernier écrit: « hier dans l'opposition, fort de leurs différends, ils se sont unis pour nous combattre. Aujourd'hui au pouvoir, ils s'unissent en vue de devenir plus fort pour sauvegarder leur pouvoir acquis. Hier, nous au pouvoir, la délation, la jalousie, l'hypocrisie, les conflits interpersonnels ont eu raison de nous. Aujourd'hui encore comme hier, on a beau chassé le naturel, il revient toujours au galop. C'est une très belle leçon que Konan Bédié donne à l'opposition ivoirienne ».

Bonne semaine à toutes et à tous !

Barthélemy KOUAME
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