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Le débrief: La leçon kenyane

Le débrief: La leçon kenyane fratmat.info

 

Il se sent « soulagé ». Les charges de la Cour pénale internationale (Cpi) qui pesaient sur lui ont été levées. Vendredi, la procureure Fatou Bensouda a décidé d’abandonner les poursuites contre le président Kenyan, Uhuru Kenyatta. La plus haute personnalité du Kenya était poursuivie pour « crimes contre l’humanité », après des violences post-électorales ayant fait plus de 1300 morts fin 2007, début 2008.

 

Cet aboutissement était prévisible, note des observateurs. Il y a un an, presque jour pour jour (le 19 décembre 2013), la procureure admettait ne pas avoir suffisamment de preuves pour ouvrir un procès contre M. Kenyatta. Elle a alors demandé un report de sa comparution qui avait été fixée au 5 février 2014. « J'en suis venue à la conclusion que l'affaire portée actuellement contre M. Kenyatta ne répond pas aux normes de preuves requises pour le procès », avait dit Fatou Bensouda, après le désistement de deux témoins clés.

Mercredi, les juges de la Cpi sont même arrivés à donner un ultimatum d'une semaine à la procureure pour clore le dossier. Ils ont clairement invité Mme Bensouda à retirer les charges contre le Chef de l’Etat kenyan, si tant il est vrai que les preuves contre lui demeuraient « insuffisantes ». Uhuru Kenyatta peut donc jubiler, même si le dossier n’est pas « définitivement » clos et que de « nouvelles poursuites » peuvent surgir. Pour les observateurs, il retrouve toute sa capacité d’action, en tant que Chef de l’Etat, mais aussi en tant qu’homme politique du Kenya.

Mais comment Uhuru Kenyatta a pu conquérir ce recouvrement de sa liberté vis-à-vis de la Cpi? Pour des observateurs, l’homme politique a joué en fin tacticien. En basant sa ligne de défense sur une accusation à « titre personnel », il a voulu montrer qu’il sait préserver l’intérêt général, celui du pays et du peuple kényan, notent-ils. C’est d’ailleurs pourquoi, avant sa seule et unique comparution en personne devant les juges, début octobre 2014, il a provisoirement démissionné de son poste de Président de la République, expliquent nos observateurs.

Les observateurs notent que les dividendes de la stratégie Kenyatta ne se sont pas faites attendre. Non seulement, il a bénéficié du soutien spontané de toute la classe politique kényane (pouvoir et opposition), rassemblée au parlement lors de son déplacement à La Haye,  mais il a pu lui-même user de son pouvoir de chef de l’exécutif pour « verrouiller » tranquillement ce qui devait l’être... Pour nos observateurs, Uhuru Kenyatta s’est montré « humble » et « respectueux » de l’institution qu’est la Cpi. Tout en menant une diplomatie souterraine mais très offensive.

C’est une leçon. Et elle peut servir notamment à l’Ivoirien Laurent Gbagbo. Dimanche, son parti a dit se réjouir de l’abandon des charges contre le président Kényan. Indiquant qu’il y a un « espoir » que l’ancien Chef de l’Etat bénéficie d’une telle décision de la Cour. Mais pour des observateurs, M. Gbagbo et ses partisans devraient d’abord bien réviser la leçon kényane: d’abord reconnaitre les compétences et l’autorité de la Cpi, en abandonnant tous les mouvements de foule qui tendent à brusquer l’institution. Ensuite, accepter d’être un « simple individu », sans revendiquer le titre d’ailleurs perdu aux dernières élections, de Président de la République. Enfin, ne pas briguer un titre de responsable de parti dont on n’est pas capable de dicter ni de contrôler les actions.

Pour l’instant, le camp Gbagbo est très loin d’avoir assimilé la leçon kényane, note les observateurs. Ils expliquent: nombreux sont les partisans de M. Gbagbo qui souhaitent que le Fpi et les partis de l’opposition se retirent de toutes les institutions, « pour ne pas légitimer le régime de Ouattara ». Alors que Uhuru Kenyatta s’est défait de ses charges politiques pour faire face à la Cpi, Laurent Gbagbo qui est déjà entre les mains de la Cour tente d’en prendre. Ou du moins, ses partisans tentent de lui en donner. Pourtant, rappellent les observateurs, à la sortie du livre de François Mattei, fin juin dernier, la défense a semblé épouser une telle démarche. La note « tardive » de l’éditeur qui indique que Laurent Gbagbo n’est pas co-auteur mais qu’il est plutôt raconté par le journaliste qui en assure donc seul la responsabilité des propos tenus montre bien que les avocats avaient compris les limites d’un homme en prison…

Bonne semaine à toutes et à tous !

Barthélemy KOUAME
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