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Nos actes nous ont rattrapées

Nos actes nous ont rattrapées topvisages.net

 

Lorsque j’étais adolescente, je n’avais qu’un rêve : devenir médecin. Mais je n’ai pas pu poursuivre mes études jusqu’à leur terme. J’ai été renvoyée. Mon rêve s’est arrêté là. Je n’avais que 16 ans. Après, la seule chose que j’avais envie de faire, c’était la couture. Je souhaitais devenir, un jour, propriétaire de mon propre atelier de couture. J’étais très jeune. Mais il faut dire aussi que j’étais loin d’être un ange.

 

Après quelques années d’apprentissage, j’ai ouvert mon propre atelier avec les moyens que j’avais réunis. Je n’avais qu’une seule machine à coudre quand je commençais, à Marcory. Et ça marchait. Plus tard, une amie m’a proposé qu’on s’associe pour ouvrir, ensemble, un maquis.

Les maquis et les boîtes de nuit marchaient déjà très fort en ce temps-là. Mais moi, je n’avais pas d’expérience dans ce domaine. Alors, je me demandais comment on pourrait suivre l’activité, vu qu’on ne sera pas présentes tous les jours pour surveiller. Mon amie m’a rassurée en me donnant quelques idées sur comment faire. Je lui ai fait confiance, puisqu’elle-même avait travaillé comme serveuse auparavant. Elle connaissait pas mal de gens dans le milieu.

Voici où tout va commencer.

Avant de lancer nos affaires, mon amie m’a convaincue avec une autre idée pour attirer la clientèle. En effet, ce qui comptait pour moi, c’était que les gens viennent consommer et que les affaires prospèrent. Pour ce faire, mon amie m’a fait une proposition. Nous sommes allées voir un féticheur au Togo. On s’est rendu jusque là-bas parce que, selon mon amie, le féticheur qu’elle connaissait aurait été à l’origine de la réussite de beaucoup de personnes dans le milieu. Elle-même avait fait le tour de certains charlatans dans le passé, afin de faire des pratiques pour que ses pointeurs ne lui refusent rien quand elle leur demandait de l’argent.

Arrivées là-bas, nous avons exposé au féticheur notre préoccupation. Il nous a prescrit des objets que nous devrions lui apporter. Venir à Abidjan et retourner serait fatigant, compte tenu de la distance et ce qu’il demandait. Alors, il nous a indiqué un marché à Lomé. C’est le marché aux fétiches, dans le quartier d’Akodessewa. Lorsqu’on est entré dans ce marché, on a été tout de suite accueilli par la forte odeur des lieux. Ici, il y avait tout : des peaux d’animaux, des cadavres de vautours et d’oiseaux de diverses espèces, des serpents, des caméléons, des plumes, des écorces d’arbres, des statuettes, des bouteilles contenant des poudres mystérieuses, des ossements, des crânes de chiens, de buffles, de phacochères, de crocodile, etc. On y trouve tout ce dont les guérisseurs traditionnels et féticheurs ont besoin pour préparer leurs décoctions. Tout, même des ossements humains qui sont vendus dans le plus grand secret, d’après ce que m’a confié mon amie. Elle savait beaucoup de choses et ne cessait pas de m’étonner de plus en plus.

Ce marché de Lomé dont je parle existe depuis longtemps et ce n’est pas un secret. C’est là que plusieurs personnes vont chercher les trucs que des guérisseurs leur demandent pour soigner un mal, parvenir à leurs fins dans les domaines amoureux, professionnel ou encore pour faire une attaque mystique. C’est comme une pharmacie traditionnelle.

Lors de nos achats, nous avons déboursé jusqu’à environ 500 mille francs CFA. Après avoir ramené les articles au féticheur, il a fait le travail et on est rentré à Abidjan. Nous avons fait les démarches rapidement pour monter le maquis. Dès les premiers jours déjà, le coin était rempli, car le bouche à oreille avait beaucoup fonctionné aussi. Les gens ont commencé à affluer de partout, même d’Abobo, de Port-Bouët, de Marcory, etc. Des gens n’avaient pas de place pour s’asseoir, mais ils restaient quand même parce que l’ambiance et le coin leur plaisaient. Ça marchait tellement que j’ai abandonné la couture pour me consacrer à la nuit.

Je suis devenue propriétaire de deux maquis et une boîte de nuit, je me voyais un avenir tout tracé dans le milieu.

Puis, au bout de quelques années, je suis tombée malade. Les médecins ont diagnostiqué une fatigue générale, car je travaillais beaucoup et dormais peu. Mais j’ai constaté qu’à côté de cela, je perdais mes cheveux. C’était très étrange. Je n’étais pas alitée, mais c’est comme si mes facultés physiques et mentales avaient beaucoup baissé. J’avais dépéri, mon visage enflait si bien que les gens avaient parfois du mal à me reconnaître. A cause de tout cela, je ne sortais pratiquement plus. Préoccupée par ce qui m’arrivait, je suis allée consulter le guérisseur. Il m’a révélé que l’origine de mal était mystique. Une personne m’avait lancé un sort. C’est tout ce que le mystique savait de mon mal. Mais il m’a rassurée en me faisant suivre un traitement. Je savais que dans ce milieu, il y avait beaucoup de concurrence, de jalousie. A tel point qu’avant de s’y lancer, des gens vont chercher des protections mystiques.

Il a fallu plusieurs semaines de soins pour que je me rétablisse. Après cela, j’ai constaté que mes relations avec ma copine n’étaient plus tellement bonnes. Il y a quelque fois eu entre nous des malentendus. Pour éviter ces histoires, j’ai préféré me séparer d’elle. Je lui ai laissé le maquis sur lequel nous étions associées. Désormais, chacun menait ses activités de son côté. On ne pouvait expliquer à personne les raisons de notre séparation, alors que dans le temps les gens savaient qu’on était très lié. Il s’est passé plusieurs mois, sans qu’on se voie. Puisqu’un moment donné, elle s’était retirée au village.

En 2011, j’ai eu de ses nouvelles par l’intermédiaire d’une de nos amies communes. C’est par elle que j’ai appris le décès de mon amie dans son village où elle s’était retirée. Il semble qu’elle était malade. Elle y a été enterrée. Cette nouvelle m’a profondément attristée. On s’est séparé sans avoir eu l’occasion de se voir, de nous réconcilier et de faire la paix. Aujourd’hui, je mène mes activités, mais je pense à l’avenir et je veux me reconvertir dans autre chose.

J’ai voulu partager mon histoire avec vous, tout en regrettant certaines choses que j’ai faites dans le passé. Je me pose souvent des questions sur les circonstances du décès de mon amie, ça me perturbe. Pour tout cela, j’ai décidé de revoir ma propre vie.

Je ne veux pas mourir jeune.

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