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« La veille du procès, elle m’avoue avoir tué son mari et ses enfants » Spécial

L’avocat Olivier Péan de Ponfilly, dans son bureau (Clément Parrot) L’avocat Olivier Péan de Ponfilly, dans son bureau (Clément Parrot) rue89.com

 

Nous sommes en 2005. Devant la cour d’assises du Nord, je défends une femme d’une quarantaine d’années, accusée d’avoir tué son mari et ses deux enfants de trois et cinq ans.Pendant les cinq ans d’instruction, cette femme, que l’on va appeler Anne, clame son innocence.

Elle évoque d’abord un voleur, puis affirme que son mari pris d’un coup de folie a tué les enfants avant de se suicider.

La veille du procès, je vais la voir en prison. Là, elle me dit que c’est elle qui a tué son mari et les enfants avant de tenter de mettre fin à ses jours.

« Je sais que tu n’y es pour rien »

Le jour de l’audience, je prends la parole pour interroger ma cliente. Progressivement, elle avoue. Les témoins attendent dans une salle à part. Parmi eux, il y a la mère d’Anne, convaincue de l’innocence de sa fille. Quand on la fait rentrer, elle se précipite vers le box, glisse ses mains à travers les barreaux en verre et souffle :

« Je sais que tu n’y es pour rien, ne t’en fais pas on va rétablir la vérité, je t’aime. »

Silence glacial. J’ai le sentiment que tout le monde me regarde et semble me dire : « Vas-y mon gars, débrouille toi. »

Je m’approche de la mère pour lui dire : « Votre fille doit vous parler. » Je retourne vers ma cliente et je lâche : « Anne, je crois que vous devez dire quelque chose à votre mère. » Anne souffle : « Oui maman, c’est moi. »

Après un temps d’incompréhension, la mère reprend la parole :

« Non, mais je sais que ce n’est pas toi ma fille, tu n’as pas tué les enfants… »

A genoux, par terre

La mère est agricultrice, quelqu’un d’un peu rude. On est vraiment dans un moment clé de ma carrière. Je ne sais pas comment, mais je me retrouve à genoux, par terre, en tenant les mains de la mère et en pleurant comme tout le monde dans la salle.

« Madame vous n’écoutez pas, écoutez ce que doit dire Anne. »

Dans ma tête, l’instant dure une demi-heure, mais en réalité il a dû durer 40 secondes. Je suis devenu, à ce moment-là, une passerelle entre une mère et sa fille, qui doit lui avouer qu’elle a tué ses propres enfants.

Une fois que la mère a compris, elle me prend les mains et me dit :

« Lève-moi gamin, amène-moi à ma fille. »

Il n’y a plus un bruit. Elle boîte. Je la soutiens et l’amène au box des accusés. Sans une larme elle lui dit :

« Ce n’est pas grave. Quoique tu aies fait, je suis ta mère et je t’aime. »

Elle se tourne vers moi : « Ramène moi à ma chaise, gamin. »

La difficulté de défendre des coupables

J’avais l’impression d’être hors du temps. On n’existait plus. Moi, j’étais juste une canne et c’était déjà un privilège.

Soudain se produit une chose hallucinante. Une alerte à la bombe interrompt l’audience. On se retrouve tous dans la cour d’honneur, l’émotion laisse place à un moment totalement décalé.

Au final, Anne a été condamnée à 25 ans de réclusion criminelle. Je raconte cette histoire quand on m’interroge sur la difficulté de défendre des coupables. Certes, elle était coupable. Mais il fallait qu’elle parle pour pouvoir être pardonnée, comprise. Mon rôle, c’est aussi d’aider la personne à réintégrer une vie « normale ».

Propos recueillis par Clément Parrot

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