Hamilton, ou l'ascenseur émotionnel

GRAND PRIX DES ETATS-UNIS D'AMERIQUE - Lewis Hamilton a conclu à Austin une saison brillante, où la domination de Mercedes l'aura parfois desservi.


"Le temps est maintenant venu pour toi d'écrire autant de belles choses que tu peux. Si une personne gagne le titre six fois, c'est qu'elle le mérite totalement". Ces mots sont ceux que Sebastian Vettel a glissé à l'oreille de Lewis Hamilton dans la cool room du Circuit des Amériques, dimanche. L'Allemand a raison. Le Britannique fait un beau champion puissance 6. Pour ce qu'il a accompli et parce que personne d'autre ne l'aurait mérité. "Le meilleur a gagné", a confirmé Charles Leclerc.

Lewis Hamilton est un beau champion. Le reste était affaire de circonstances et elles ne lui ont pas été toujours favorables malgré dix succès en dix-neuf courses. Car, parfois, le résultat a pâti de la manière comme à Sakhir, en début de saison, où il n'aurait jamais gagné sans un problème technique sur la Ferrari de Charles Leclerc. La chance du champion, peut-être.

Cette année, il n'y en aura presque eu que pour Lewis Hamilton et on s'est vite fait à cette raison. La machine Mercedes rodée, rapide, fiable, le match promis avec Ferrari sans cesse reporté, on oublia même que Valtteri Bottas était le leader du championnat au soir de la quatrième épreuve, à Bakou. On se doutait que le courageux finlandais ne tiendrait pas la distance, qu'il redeviendrait le n°2 de 2017 et 2018. Et que, par conséquent, Lewis Hamilton redeviendrait intouchable chez les Gris.

"Le Britannique gagne, mais la F1 perd"

L'Anglais s'est définitivement emparé de la tête du championnat du monde à Montmelo, et a confirmé en déployant un pilotage défensif brillant devant Max Verstappen (Red Bull) à Monaco, dans l'émotion de la disparition de Niki Lauda. L'Autrichien l'avait convaincu de venir chez Mercedes, à un moment où les Flèches d'argent étaient dominées par les Red Bull et les Ferrari. Il ne l'a pas oublié dans ses remerciements dimanche.

Malheureusement, la belle parenthèse princière fut refermée par l'imbroglio de Montréal. D'évidence, Sebastian Vettel avait commis une première faute en sortant de la piste, une seconde en barrant la route de la Mercedes. En commissaire italien aussi consciencieux qu'indépendant, Emanuelle Pirro prit ses responsabilités. Vettel qui remplace le panneau P1 par P2 devant la W10n°44, c'est du folklore. Hamilton qui amène son rival déchu sur la plus haute marche du podium, du pragmatisme relationnel.

Ces détails cachent l'essentiel car à cet instant on comprend que Hamilton pilote pour l'écurie la plus puissante du paddock. Qu'il est mué par quelque chose d'implacable contre lequel il lutte parfois en vain pour faire reconnaître ses succès. "Le Britannique gagne, mais la F1 perd. Comme trop souvent désormais", écrit AutoHebdo.

Entre griserie et grisaille, Hamilton signe alors au Castellet une victoire clinique, sa sixième parmi les huit de Mercedes en autant de rendez-vous en 2019. De quoi susciter le ras-le-bol. A cette question de l'ennui, Pirelli répond autrement : Mercedes fait un meilleur travail d'exploitation des pneus que Ferrari et Red Bull.

"Il y a toujours des opportunités"

Plus que jamais, Hamilton peut mesurer son pouvoir à l'aune des multiples propositions venues d'un paddock investi d'une mission : sauver la Formule 1 du désastre. L'état de panique est tel qu'une course de qualification avec grille de départ inversée est évoquée pour casser la suprématie allemande. C'est un mauvais procès qu'ont connu en leur temps quelques grands champions comme Michael Schumacher mais ça ne console pas le principal intéressé. Qui s'énerve franchement en renvoyant les plaintifs à leurs devoirs : au fond, si les courses manquent d'animation c'est de leur faute !

Heureuse coïncidence, Mercedes prend un coup de chaud en Autriche. Mais personne n'est parfait et c'est Red Bull qui en profite plutôt que Ferrari. La suite ? Un ascenseur émotionnel. Euphorie à Silverstone, fiasco à Hockenheim…

Dimanche, Lewis Hamilton a rappelé que son père lui avait enseigné de ne jamais baisser les bras, et que c'était un peu la devise chez les Hamilton. Malade comme un chien en Allemagne, il est ébranlé dans ses certitudes et offre son seul moment de faiblesse de la saison. Sa W10 rescapée d'un contact avec un mur, il a réclamé un abandon technique. Son équipe lui oppose cette réalité de la course qu'il avait oubliée : "Il y a toujours des opportunités".

Façon Prost

La carrière d'Hamilton est décidemment une suite de rebonds après des échecs retentissants, et la Hongrie en est la nouvelle illustration. Rétabli, il se sent "un million de fois mieux", ce qui n'annonce rien de bon pour ses adversaires. Poursuivant battu de Max Verstappen, il ajoute un arrêt au stand à son plan de bataille pour rendre raison au Néerlandais sur le fil. Il n'y a pas vraiment d'analogie avec l'édition 1998, mais on ne peut s'empêcher de penser à l'exploit de Michael Schumacher.

Les grands, toujours les grands. Il en fait partie depuis longtemps et les rapprochements ne s'arrêtent pas là. Il n'arrive plus à faire de pole position ? Soit. Les Ferrari seront imbattables au départ à Sotchi ? Très bien. Il fait comme Alain Prost : il configure sa voiture pour la course. Dans sa déveine, Vettel lui a ouvert la porte de la victoire mais cette occasion, il s'était préparé à la saisir. Au Mexique aussi, sa discipline rappellera l'intelligence de course du Français.

Au bout d'une saison au presque parfait, le titre lui tend les bras à Austin. Une deuxième place lui suffit mais il décide d'aller le chercher crânement. Sevré de pole position depuis huit Grands Prix, qualifié cinquième, il adopte un plan agressif. Cinq tours de trop sont au programme texan, il s'incline les armes à la main.

On dit que l'Histoire ne retient que le vainqueur mais là, ce n'est pas vrai. Elle ne retient que le nom du champion.