Elections en Côte d’Ivoire : Pourquoi le choix de Kuibiert à la tête de la Cei fait peur à des observateurs de la vie politique ivoirienne

Ils se seront battus pour que le fauteuil de président de la Commission électorale indépendante (Cei) reviennent à l’un des leurs. Eux, ce sont des acteurs de la Société civile, qui marmonnent encore leur insatisfaction, mais également des craintes sur les processus électoraux à venir après le choix du magistrat hors hiérarchie, Coulibaly-Kuibiert Ibrahime pour succéder à Youssouf Bakayoko à la tête de l’organe en charge des élections en Côte d’Ivoire. Avec eux, beaucoup d’observateurs de la vie politique en Côte d’Ivoire.

La préoccupation essentielle de ces acteurs, dont les complaintes sont parvenues à Abidjan.net, réside dans ce qu’ils qualifient de « tacite complicité » existante a priori entre le nouveau président de la Cei et le président du Conseil constitutionnel.

En effet, entre Coulibaly Kuibiert et Koné Mamadou, c’est une vieille histoire du ‘’ton pied mon pied’’. Tous les deux magistrats hors hiérarchies, ces présidents d’institution ont toujours évoluer ensemble. Jamais l’un sans l’autre. Avec le président du Conseil constitutionnel toujours en locomotive.

Leur histoire commune – pour ce qui est connu du grand public – commence en 2004, en pleine crise de l’ex-rébellion en Côte d’Ivoire. Dans la résolution de cette crise, l’ancien directeur de cabinet au ministère de la Justice est nommé président de la Commission nationale de supervision de l’identification (Cnsi). Dès son accession à ce poste, il fait appel à celui qui va devenir son ombre dans la suite de sa carrière, à savoir le juge Coulibaly-Kuibiert dont il fait son chef de cabinet.

Deux ans plus tard, nommé ministre de la Justice, M. Koné Mamadou poursuit sa route avec son fidèle collaborateur à son cabinet. Pendant 7 ans, il continuera sa mission avec Coulibaly-Kuibiert, toujours en tant que chef de cabinet dans son ministère. L’actuel président de la Cei conservera ce fauteuil avec son patron promu de 2011 à 2015 à la tête de la Cour suprême.

L’aventure ne s’arrêtera pas là avec ces deux complices devenus inséparables. Car, en 2015, dès qu’il est nommé président du Conseil constitutionnel, Koné Mamadou fait encore appel à son poulain. Cette fois, pour occuper le poste de Secrétaire général de l’institution. C’est de cette fonction que Coulibaly-Kuibiert est nommé, le 25 septembre 2019, commissaire à la CEI, pour le compte du Conseil supérieur de la magistrature. Le lundi 30 septembre suivant, il est élu président de la Commission centrale de la CEI face à Marguerite Yoli-Bi Koné, leader de la Société civile que ses camarades avaient positionné pour ravir la succession à Youssouf Bakayoko. Mais, cette Société civile n’aura pas eu gain de cause.

A la vérité, la candidature de Marguerite Yoli-Bi visait à contrer l’élection de l’ex-Secrétaire général du Conseil constitutionnel. Cela, en vue d’éviter que la Cei ne soit en vase communicant avec l’arbitre suprême des élections en Côte d’Ivoire. En l’état actuel, pour certains dirigeants de la Société civile, qui continuent de murmurer dans l’ombre, la situation ne se prête pas à des élections sans contestation. Car, des candidats seraient en droit de douter de la sincérité du verdict que donnerait le Conseil constitutionnel au cas où des résultats proclamés par la Cei seraient remis en cause.

La Cei et le Conseil constitutionnel, faut-il le souligner, sont les deux et uniques organes à charge respectivement de proclamer et de valider les résultats des élections. Si les décisions de la Cei sont susceptibles de recours devant le Conseil constitutionnel, celles rendues par cette dernière institution sont sans appel. Aussi, pour bien d’observateurs, il y a des risques que la proximité entre les dirigeants de ces deux institutions impactent négativement la crédibilité de la mission à elles confiée. Beaucoup pensent encore aux élections présidentielles de 2010 qui ont douché tous les espoirs en débouchant sur une sévère crise post-électorale avec le quiproquo entre une Cei dite aux ordres de l’opposition et un Conseil constitutionnel acquis au pouvoir en place. Conséquence : contestation des résultats proclamés par la première institution, remise en cause de l’arbitrage de la seconde, puis l’implosion sociale dont l’origine aura été la faiblesse de ces deux organes, clés de la crédibilité de l’ensemble du processus engagés de long mois auparavant. Voici qui alimente les conversation et suscite des commentaire depuis le choix à la tête de la CEI de Coulibaly-Kuibiert, l’alter-ego de Koné Mamadou, président du Conseil constitutionnel. Ce, malgré l’expérience d’ancien Commissaire central de la Cei du nouveau promu, mais aussi son statut de magistrat, qui auront sans doute pesé dans son choix pour diriger cet organe.

F.D.BONY